L’inventeur de l’email est décédé à l’âge de 74 ans

Raymond Samuel Tomlinson, considéré comme l’inventeur du courrier électronique, est mort samedi 5 mars à l’âge de 74 ans. Son décès a été confirmé par son employeur, le groupe américain Raytheon, sans en indiquer la cause. « Une très triste nouvelle : Ray Tomlinson est mort », écrit sur Facebook Vinton Cerf, l’un des « pères d’Internet ».

Raymond Samuel Tomlinson est né le 23 avril 1941 à Amsterdam dans l’Etat de New York. Après une scolarité secondaire à la Broadalbin Central School, il intègre le Rensselear Polytechnic Institute de Troy (New York), où il participe à un programme de stages proposé par le groupe informatique IBM, avant d’obtenir une licence de génie électrique en 1963. Une spécialité dans laquelle il continue à se perfectionner au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT). Deux ans plus tard, il boucle une thèse sur le développement d’un synthétiseur vocal hybride analogique-numérique.

M.Tomlinson commence sa carrière professionnelle en 1967 chez Bolt, Beranek and Newman (BBN), une société de haute technologie basée à Cambridge (Massachusetts), qui est aujourd’hui une filiale du groupe Raytheon. C’est là qu’il participe à un petit groupe de programmeurs travaillant sur le développement du système d’exploitation TENEX. En 1971, l’ingénieur fait partie de l’équipe du programme ARPANET (Advanced Research Projects Agency Network), qui est à l’origine du transfert de données sur Internet. Il développe notamment la première application, qui permet d’envoyer des messages d’un ordinateur à un autre en combinant deux programmes : SNDMSG et CPYNET. Pour cela, il met au point la première adresse électronique en utilisant le fameux signe « @ », qui apparaît aujourd’hui dans chacun de nos courriels.

Palmarès du MIT des 150 plus grandes inventions et idées

Contrairement à une légende, il n’est pas l’inventeur de l’arobase, qui fut utilisée pour la première fois en 1536 par un marchand Florentin du nom de Francesco Lapi. « On me demande souvent pourquoi j’ai choisi ce signe, mais c’était tout à fait logique », avait détaillé M.Tomlinson, expliquant qu’il lui fallait trouver « un moyen de distinguer le courrier local du courrier transitant sur le réseau ». À l’origine, « le but du signe était d’indiquer un prix unitaire [par exemple, 10 articles@1,95 dollar]. J’ai utilisé ce signe pour indiquer que l’utilisateur était « chez » [« at » en anglais] un autre hôte et non pas situé localement ». Le fait que le sigle n’apparaît dans aucun nom propre ou nom commun en faisait un outil idéal. User@host allait devenir la norme mondiale pour les courriers électroniques.

La première expérience réelle est effectuée en 1971. « Le premier message a été envoyé entre deux machines qui étaient littéralement côte à côte, se souvenait-il. Le seul lien physique qui les reliait [à part le sol sur lequel elles étaient posées] était l’ARPANET. Je me suis envoyé un certain nombre de messages à moi-même d’une machine à une autre. Les textes de ces messages n’étaient pas mémorisables et je les ai oubliés. Le premier message était probablement QWERTYUIOP [les lettres de la première ligne d’un clavier anglais] ou quelque chose comme cela. Lorsque j’ai estimé que le programme semblait fonctionner, j’ai envoyé un message au reste de mon groupe, expliquant comment envoyer des messages sur le réseau. La première utilisation d’un réseau de courriel annonçait sa propre existence. »

Le temps des récompenses ne vint que quelques décennies plus tard avec la généralisation des ordinateurs individuels et l’explosion d’Internet. En 2000, la même année qu’un certain Steve Wozniak, le cofondateur d’Apple avec Steve Jobs, M.Tomlinson reçoit le prestigieux prix Geoge Stibitz, qui est attribué à des chercheurs ayant permis de réaliser des avancées majeures dans le domaine de l’informatique et des communications. En 2001, l’International Academy of Digital Arts and Sciences lui décerne un Webby Award, puis en 2009, il est lauréat du Prix Prince des Asturies, la plus prestigieuse récompense espagnole en même temps que Martin Cooper, l’inventeur du premier téléphone portable. M.Tomlinson est classé au quatrième rang du palmarès du MIT des 150 plus grandes inventions et idées.

Malgré toutes ces récompenses, ses collègues le décrivaient comme quelqu’un d’une grande humilité, qui, paradoxalement, utilisait les courriels avec parcimonie. Il vivait à Lincoln (Massachusetts) où, en marge de son travail de chercheur principal chez Raytheon, il élevait des moutons nains.

Source: le Monde

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